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Histoires pour nos petits qui les tiennent de leurs parents

 « Il y a, dans notre pays de la duchesse Anne de Bretagne, plein de vilains fantômes et d'horribles sorcières qui envahissent depuis plusieurs années notre belle ville de Nantes, dès le début du mois d'octobre, à côté des châtaignes grillées. Seules les grosses citrouilles aux coins des rues résistent et arborent de jolis sourires. Elles reflètent l'automne avec ses belles couleurs orangées. Elles côtoient les chrysanthèmes et les feuilles mortes en complète harm0nie. « Il se passe quelque chose d'un peu "étrange" à cette période de l'année consacrée traditionnellement au seul fleurissement de nos tombes. "Ça nous vient des Américains !", entend-on par là sans grand enthousiasme. "Encore une occasion de dépenser !", répliquent les autres. Cette nouvelle fête aux dominantes de blanc-noir-orange, qui s'était longtemps attardée chez nos voisins européens, vient de s'installer chez nous, pour s'enraciner semble-t-il. Grande est la joie des enfants qui vont de' porte en porte, déguisés ou non, jeter des mauvais sorts que seuls des bonbons pourront empêcher d'agir !

Dans les livres jaunis de nos Grands-Mères «Le 31 octobre; chacun désormais se prend au jeu. La fête de la rue est entrée dans les maisons. On achète des citrouilles, on les vide, on se maquille, on allume des bougies, on les installe dans les citrouilles creusées par les grands. On décore. Sorcières et fantômes en guirlande pendent aux fenêtres. On installe, bien visible, la citrouille souriante au bon endroit lorsque tombe la nuit. Il faut bien guider, pendant cette nuit si noire, les âmes errantes du purgatoire pour qu'elles rejoignent le ciel. Il faut cette nuit-là affronter les esprits malfaisants et savoir; le temps d'un soir côtoyer la vie dans  la grimace et les éclats de rire !

« Ce sont les Irlandais, ces autres Celtes qui ont véhiculé cette coutume vers le Nouveau Monde. Bon nombre d'entre nous ont recherché dans les livres d'histoire et ont ouvert leur porte à ce passé  qui revient chez nous, en terre chrétienne, la veille de La Toussaint se mêlant naturellement à nos rites religieux. Il n'y a pas si longtemps pourtant, dans nos proches campagnes, sans trop savoir d'où elle venait, cette coutume rurale existait, on mettait des citrouilles évidées contenant une bougie au bout des champs. Interrompue pendant la guerre, on imagine pourquoi, la ville s'est emparée de !a fête et les cultivateurs retrouvent le plaisir de la culture du potiron en attendant d'allumer de nouveau, au bout de leurs champs, ces lanternes improvisées pour la nuit du 31.

«  Nous avons redécouvert, ainsi,  les unes après les autres, les vieilles recettes inscrites dans les livres jaunis de nos grands-mères : soupe de citrouille, gratin de potiron ont retrouvé leur place sur nos tables agrémentées de gâteries de toutes sortes autour de l’arbre d'Halloween, sorte de branche desséchée d'où pendent sorcières et balais, citrouilles en papier fabriquées pendant les vacances scolaires ...

Ce bonheur des petits fait aussi le bonheur des commerçants. Les vitrines regorgent de décors et de produits. Les citrouilles se vendent désormais aussi bien que les chrysanthèmes et côtoient un marché en grande expansion de babioles et friandises.

 « Chacun  choisit ses rites, on entre dans La Toussaint "autrement".

"Nos saints, des plus célèbres aux plus modestes, ceux de l'invisible et ceux de notre vie qui sont partis avant nous, qui nous manquent,  voient ces paradis de la terre, que nous appelons nos cimetières, devenir, comme à l'accoutumée, d'immenses tapis colorés. Après ces processions florales, nous parlerons encore et toujours de ceux qui nous ont quittés. Quel plaisir de rentrer chez soi, ou chez les autres, pour prendre un bon goûter et déguster une bonne brioche et un café. Cela aussi fait partie de la fête.

 « Cette coutume vient, comme beaucoup d'autres, donner une nouvelle dimension à nos vies du XXI siècle. Peut-être entrons-nous dans une ère nouvelle que nous appellerons: "l'esprit de fête";  

 D'Anne-Marie Boutet, lectrice de Nantes: Ouest-France 26-27 octobre2002 Nantes forum

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